A propos de sa relation au personnage de Maigret:

« J’ai fait plus que de cohabiter cinématographiquement avec Maigret. Je l’ai appris, compris, subi parfois, intégrant ses habitudes et ses travers jusqu’à lui ressembler de l’intérieur. Il y a bien plus que la pipe et le chapeau entre nous… »

 

A propos des débuts de la série:

« Les premiers Maigret de la série n’ont pas rencontré un succès foudroyant. Les commentaires de presse étaient mitigés et les téléspectateurs gardaient leurs distances. Pourtant, le scénariste Jacques Rémy avait réalisé une adaptation très fidèle des romans de Simenon. C’était peut-être précisément l’explication. Pour Maigret […] il y avait deux catégories de spectateurs: ceux qui connaissaient l’oeuvre et les autres. […] Il y avait encore beaucoup de gens qui découvraient Maigret à la télévision. […] Maigret, nouveau policier du petit écran, déroutait. Que venait faire ce bonhomme bourru, placide, ne s’exprimant que par des petites phrases laconiques ? Où étaient l’action, les poursuites, les bagarres et les coups de feu ? Cet anti-héros fumait tranquillement la pipe, savourait son calva et réfléchissait. […] Ce Maigret ne se contentait pas de trouver l’assassin. Il lui fallait aussi découvrir l’homme qu’il était intérieurement ! Ce qui l’intéressait c’était de mettre à nu les comportements. […] A 20h30, après les informations et une journée de travail, la psychologie n’avait pas que des adeptes. […] L’indifférence relative du public a duré près de deux ans. Puis le déclic s’est produit et au début des années 70 la partie était gagnée. Maigret devenait petit à petit un personnage familier des téléspectateurs, et ses enquêtes introduisaient une sensibilité nouvelle dans l’aventure policière. « 

A propos de la reprise des tournages après son accident:

 » Ces retrouvailles avec Maigret m’ont permis de mieux comprendre le personnage, de l’approfondir, de l’exprimer plus fortement. De cette seconde rencontre date un amusant phénomène d’identification. Je me sens bien en Maigret, même si l’idée ne m’est jamais venue de devenir commissaire. Encore que la carrière – si j’en juge par mon expérience cinématographique – ne manque pas d’attrait. Car c’est une façon de réussir sa vie que d’accomplir une mission utile à tous. L’histoire de Maigret en témoigne. Le métier de policier, avec ses dangers et ses joies, sa recherche constante de la vérité, le rend pleinement heureux. […] Et puis, quoi qu’on dise, c’est une sensation bien grisante de détenir un pouvoir, un droit sur la liberté et les secrets des autres. C’est cette autorité légitime et les moyens qu’elle met en oeuvre, qui fascinent les lecteurs des romans policiers. Mon autorité « administrative » n’a pas les mêmes ambitions. Elle se limite au « Bonjour patron » dont me saluent joyeusement les gardiens quand ils me reconnaissent dans la rue. Je me sens bien dans la peau de Maigret. Pas seulement par la taille, les épaules, la pipe et le chapeau. Par d’autres traits plus subtils et sans doute plus précieux. La presse, saluant avec sympathie mon retour sur l’antenne, soulignait la composition « sensible et juste » que j’étais censé faire du personnage de Maigret. Or, c’est bien le seul rôle où je ne compose pas, au sens théâtral du mot. J’ai l’épaisseur physique du personnage, son tempérament calme et discret, et je le joue sans forcer le naturel. Il m’a même influencé, avec son air maussade et bourru. Un peu comme si Maigret avait fini par composer un acteur lui ressemblant… »

A propos de la pipe de Maigret:

« Quant au commissaire Maigret, il est né avec la pipe entre les dents. Elle est inséparable du personnage. Sa façon de fumer, de bourrer sa pipe, ponctue tous les grands moments de l’intrigue. Aux prises avec un suspect coriace, Maigret aspire nerveusement la fumée ou tasse son tabac à petits coups saccadés. Il savoure voluptueusement chaque bouffée. Parfois, il lui arrive d’oublier de fumer tant la concentration est forte quand le coupable avoue. Il parle alors la bouffarde vissée entre les dents, ce qui est un art difficile. Témoin des moments de tension ou de détente, la pipe de Maigret est un petit personnage muet étrangement éloquent. »

A propos de la relation entre l’acteur et le personnage:

En 1971, Léon Zitrone interroge Jean Richard pour Jours de France. Celui-ci rappelle à quel point, dans les années 1960, son image d’acteur comique lui collait lourdement à la peau. Zitrone lui demande alors: « Qui avait deviné que vous seriez un Maigret criant de vérité ? Qu’aviez-vous joué au cinéma pour que l’on vous en sût capable ? » Et Jean Richard de répondre: « Ma carte de visite « cinéma » n’a jamais rien ajouté à ma gloire; je suis assez lucide pour le sentir. J’ai tourné quatre-vingt-quinze films, la plupart du temps dans des rôles insensés, totalement outrés. Sur ce nombre, il y a eu, à peine, une demi-douzaine de bons films. Pour Maigret, on me prit tout bêtement parce que je mesure un mètre quatre-vingts, que je suis massif vu de dos et que je fume la pipe. A cause de mon volume. Et c’est alors que les critiques, qui n’avaient jamais parlé de moi comme d’un acteur de composition, se mirent à le faire! Mais c’était archifaux, et je le savais. On ne compose pas Maigret. On l’amène et puis on déteint sur lui. Charles Laughton en a fait un burlesque. Harry Baur rendait, lui, le commissaire presque tragique. Albert Préjean donnait à Maigret une sorte de minceur. C’est très curieux quand on y pense: on ne va pas vers Maigret, il vient vers vous. Si vous, vous jouez un jour Maigret, Maigret deviendra Zitrone. »