Premières critiques

Dès la diffusion des premiers épisodes, on trouvait dans les journaux de l’époque des critiques sur la série, dont nous vous proposons quelques exemples ci-dessous.

Après tant d’incarnations cinématographiques décevantes, le commissaire Maigret semble avoir trouvé en Jean Richard un interprète enfin très proche du modèle romanesque. Contrairement à ce qui s’est presque toujours passé (avec Jean Gabin surtout), l’acteur n’étouffe pas le célèbre personnage de Simenon sous le sien. Il se concentre bien un peu trop pour nous montrer que le commissaire « pense », mais en définitive le physique et le comportement de Maigret sont exacts. C’est une bonne surprise. Autre bonne surprise : la qualité de l’adaptation faite par Claude Barma et Jacques Rémy, qui suit de très près la construction du livre et « colle » à son style. Une seule erreur peut-être : avoir remplacé l’Américain Spencer Oats, dans la scène du restaurant, par le juge Coméliau, qui, tous les lecteurs de Simenon le savent, n’est pas spécialement l’ami de Maigret ! Mais l’atmosphère de l’enquête est suggérée par ces détails réalistes et parfois banals que Maigret découvre sur son chemin et qui le mènent à la vérité. Les personnages qui passent dans cette tranche de vie sont bien typés. Un beau travail qui fait plaisir. Jacques Siclier, Le Monde, 17 octobre 1967

Le roman de Georges Simenon se passe à Concarneau, mais Claude Barma l’a tourné à Boulogne-sur-Mer. C’est toujours un port, dira-t-on, et il y a un climat provincial et maritime bien rendu par la photographie. L’ennui est que l' »atmosphère Simenon » ne se réduit pas à de belles images ni à des équivalences de décor. Claude Barma n’a pas été au-delà de l’illustration appliquée d’un livre dans l’ensemble fidèlement adapté. On reconnaît l’action et les personnages, mais on ne retrouve aucune des impressions de la lecture. C’est lent, monotone et plutôt ennuyeux. Et dès que Jean Richard ouvre la bouche, il n’est plus Maigret. Or, dans « Cécile est morte », il était plutôt convaincant. Et dans « La tête d’un homme », sous la direction de René Lucot, il se montrait remarquable. Mais René Lucot était entré complètement dans l’univers de Simenon, et en voyant la pâle reconstitution de Claude Barma, nous ne pouvions nous empêcher de penser à l’extraordinaire affrontement du commissaire et de l’assassin dans un grand café de Montparnasse. Or « Le chien jaune » est un roman aussi passionnant que « La tête d’un homme ». Jacques Siclier, Le Monde, 27 février 1968

Ce roman de Simenon fut l’un des premiers portés au cinéma par Jean Renoir, avec son frère Pierre dans le rôle de Maigret. Mais seuls quelques cinéphiles peuvent s’en souvenir. N’accablons donc pas François Villiers sous cette comparaison. Mais, à l’intérieur de la série Maigret, au demeurant très inégale, réalisée pour la télévision, cette « Nuit du carrefour » ne peut certes compter comme une réussite. L’adaptation fort maladroite, surtout dans les explications finales, rend certains détails de l’action invraisemblables et détruit complètement l’ambiguïté du personnage d’Elsa, qui chez Simenon commandait toute l’énigme et se révélait dans son duel avec le commissaire. Le décor pourtant réel des trois maisons du carrefour ne vit pas, ne possède aucune ambiance, et Jean Richard est ici beaucoup plus « Bourrel » que Maigret, hélas ! Jacques Siclier, Le Monde, 18 novembre 1969

Encore que l’intrigue comporte quelques moments dramatiques, cette enquête de Maigret se distingue surtout par l’atmosphère des lieux où le commissaire et ses hommes, obstinément, cherchent les raisons d’un crime insolite. Malgré quelques changements topographiques, on retrouve bien cette atmosphère dans le film de Claude Barma. Le petit café-restaurant du quai de Bercy, le Paris que traverse Lucas ont le même poids de réalité que dans le roman de Simenon. Jean Richard est très exactement Maigret lorsqu’il prend lentement possession du « Petit Albert », du comptoir à la cuisine et de la cuisine à la chambre du premier étage. Images et ambiance justes, donc, mais il faut pourtant faire quelques réserves. L’adaptation escamote les rapports humains – très subtils il est vrai – qui s’établissent entre Maigret et la compagne des tueurs, puis entre Maigret et Nine, la compagne du mort. Et puis quelle idée saugrenue d’avoir fait interpréter Mme Maigret par Dominique Blanchar, qui n’est absolument pas le personnage et mérite mieux de toute façon que de jouer les utilités. Jacques Siclier, Le Monde, 19 mai 1970